( Les Municipales : c’est derrière nous, pour six ans. Ouf. Mais j’ai noté le vocabulaire guerrier, ce champ lexical belliqueux, qui fait désormais partie du décor…. un ténor du RN parlait des villes tombées : “Carcassone est tombée” ! Nantes est un “bastion socialiste” , avec son pont-levis et ses machicoulis. Et le PCF a “gagné deux mairies” , comme Poutinovitch prétend gagner des villes du Dombass. Le vivre-ensemble, on oublie. )
Mais, à propos du décès de monsieur Jospin, âgé de 88 ans : les lecteurs du Monde, dans leur grande majorité, balancent de grands coups d’encensoir… un Grand Homme… droiture… honnêteté, etc. Soit, chacun voit comme il veut, et puis on ne dit pas du mal des morts. Mais si je puis me permettre trois bémols : 3 bémols, donc de l’Ut mineur : le mineur c’est spécial-funèbre.
Si bémol : qu’il ait embauché au Conseil Constitutionnel en 2015 jusqu’en 2019 – il avait alors 82 ans, tout de même, c’est bien tard ! – ayant en 2002 annoncé se retirer de la vie politique, après une claque assez rude (*), c’est se contredire, à l’évidence, mais bon… les projecteurs… l’envie de servir à quelque chose… l’ennui de la retraite… passons. La faute à celui qui lui a proposé le job : on aurait dû respecter sa mise en retrait.
Mi bémol : qu’il ait été trotskiste (Lambertiste, pour être précis : une des 32.619 chapelles), bof, tout le monde a été jeune, avec le désir, normal, de refaire ce Monde si mal fichu. Mais quand même… son “agent recruteur” racontait : « C’était un peu ma spécialité : repérer des jeunes gens de gauche, et les faire tomber dans mes filets, comme disaient mes camarades. Jospin était alors élève à l’ENA [1964, NDLR]. Je le formais clandestinement. Nous n’avions pas d’énarque alors, dans le mouvement. C’était une chance extraordinaire de pénétrer la haute fonction publique ». La technique du sous-marin, donc… pour quel but souterrain ? chez les trotskistes, la question ne se pose pas : c’est la Sainte-Révolution. Et monsieur Jospin n’a admis cette affiliation occulte que bien tard, en 2001, après avoir nié la chose – il invoquait une confusion avec son frère ! Pas franc du collier, tout de même.
La bémol : les 35 heures. Une ânerie de première bourre, mise en musique avec enthousiasme par sa collègue madame Aubry. C’est la proclamation Urbi & Orbi que le travail est une purge, un boulet, ce qui est, philosophiquement, humainement, une désespérante aberration. Initiative ruineuse, échec à résorber le chômage, pagaille et déshérence des entreprises, désintérêt pour le travail, culte des ponts à RTT : c’est un magnifique boulet que nous traînons là. Au finale, ce bémol-là fut, et sonne toujours, comme un couac retentissant.
Tibert
(*) Se faire recaler pour le 2ème tour d’une Présidentielle, c’est un revers. Se faire recaler parce que les électeurs se sont éparpillés sur seize candidats (16 ! n’importe quoi…) dont les 2/3 n’étaient là que pour vanter leurs chapelles respectives, c’est dur. Mais se faire doubler par monsieur Le Pen, c’est épouvantable, pour un Socialiste quasiment sûr d’être au deuxième tour.
