Enjoindre, mode d’emploi

( Et rebelote, c’est l’heure d’été : l’heure des couche-tard et des citadins pas foutus de se lever, encore au fond de leur lit deux-trois heures après les gazouillis matutinaux (*) des oiseaux. Tant pis pour les lève-tôt, tant pis pour l’évidence physiologique et la sagesse populaire, « Morgenstund hat Gold im Mund » , les heures matinales sont les plus fertiles ; et tant pis pour moi. )

Mais il paraît qu’aux USA c’est la pénurie d’oeufs ? allez hop, les ménages français se ruent sur ces raretés, empilées sur les rayons des supermarchés ; on en prend trois boîtes au lieu d’une d’habitude, et… voilà la pénurie d’oeufs chez nous. Meuuhh non il n’y a pas réellement pénurie chez nous, c’est nous qui la créons, et et je vais vous dire : c’est une arme, nos oeufs. Donald veut nous en acheter ? paf ! on lui colle 300 % de taxes dessus. Non mais…

Reste que la dernière initiative de ce râpeux Berlusconi (**) états-unien laisse pantois. Enjoindre aux entreprises françaises, candidates à commercer avec les USA, de produire des documents prouvant qu’elles ont renié toute politique de « discrimination positive » , d’inclusion, de diversité, d’équilibre hommes-femmes… il faut le faire !

(un peu de grammaire : enjoindre attend un complément d’objet indirect : « il enjoint à sa belle-mère de la mettre en veilleuse » . Je dis ça, parce que Le Monde, par exemple (idem Le Parigot, qui doit avoir les mêmes sources) écrivait – erreur rectifiée depuis – «  … enjoint les entreprises françaises destinataires de respecter les règles édictées » )

Mais passons… il y a deux lectures à ce document : de une, c’est d’une grossièreté pas possible ; chez nous on fait ce qu’on veut, et donc, occupe-toi de tes oignons ! mind your own business. De deux, ça pointe tout de même chez nous des travers patents. Nous sommes de pieuses autruches, à interdire de compter nos différentes origines ethniques, et casser le thermomètre n’a jamais endigué la fièvre. Nous avons la Bonne-Pensée, qui rend obligatoire – vous pouvez vérifier – la diversité de couleur de peau dans la moindre page de pub à la télé… les embauches bienveillantes aux collègues membres de minorités (des mêmes minorités). Les quotas, officiels ou pas. Donald T. piétine nos plate-bandes, mais ce faisant (ce faisan), il met à nu les travers outranciers de nos politiques inclusives.

Tibert

(*) J’ai vainement cherché l’adjectif correspondant au substantif aube, aurore : albal ? je donne ma langue au chat.

(**) Il m’étonne qu’aucun parallèle ne soit fait entre Donald T. et Feu Silvio B. : tous deux bronzés au fond de teint, toujours tirés à quatre épingles, coiffés au cordeau, grands sachems du « yaka » simplet, populistes jusqu’à l’os… mais reconnaissons à Donald une outrance supérieure, un côté « brut de décoffrage » agressif, très américain, pas dans le vernis latin.

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