Grévisse sans fin

Allez, c’est dimanche, l’air est doux (mais le fond de l’air est frais), on va se faire une séance de pinaillage, façon vieux schnock radoteur. Je lisais dans une revue régionale de l’Ouest, assez élitiste (2.900 exemplaires tout de même) axée sur la consommation, style « ne nous laissons pas entuber, mes frères », je lisais donc, dis-je,  une vengeresse chronique sur un conflit avec un fournisseur d’accès Internet (en abrégé FAI), vous savez, celui qui a un nom de jeune fille, et qui nous montre cette jeune fille en robe décolletée, rouge, à tous bouts de champ. Appelons-le Aline. Bref, voici, je lis sans sourciller « … et peut-être à la suite d’un malentendu, Aline a refusé de lui faire profiter de cette offre, et le client s’est acheté lui-même blahblahblah« . Bon, je continue ma lecture, mais dans un coin de mon pauvre cerveau (voyez tout de suite la planche de BD, la loupiote qui s’éclaire dans une bulle au dessus de ma tête) une alarme retentit, et… je m’arrête, je reviens, je tourne autour… et elle est mal foutue, cette phrase !!!

Voyez, c’est pernicieux, parce que c’est à peine visible. Mais « … refusé de lui faire profiter de… » c’est mauvais ; c’est « … refusé de LE faire profiter de cette offre » qu’il eut fallu écrire.

« Je le fais pistonner à ce poste » : oui certes, grammaticalement ça ne se discute pas. Personne ne penserait à écrire « je lui fais pistonner ». C’est du direct, du C.O.D en jargon des pédagos.
Je lui écris une lettre = j’écris une lettre à lui. Evidemment, écrire à… ça se comprend bien comme ça. Ce n’est plus du C.O.D. C’est de l’indirect, ça madame.
Je fais profiter qui ? lui , de cette offre : C.O.D. de nouveau. Donc « je le fais profiter ». Que ce soit d’une offre d’Aline, on s’en bat l’oeil, ça ne change rien.
Bon, c’est clair, donc, il y a un loup dans « lui faire profiter de » ; mais pourquoi ça ne saute-t-il pas aux yeux comme « dont au sujet duquel je vous cause » ? Eh bien, cher lecteur, c’est là que le bât blesse. Implicitement, on entend « à lui » … eh oui, c’est du parler écrit qui refait surface : « je le fais profiter, à lui (putaing, cong, diraient les toulousains), de cette offre mirifique ».

Et wouala, ici finit ce billet carrément pénible, j’en conviens.

25 ans et 6 mois

Je ne dirai quasi rien du rugby et des Anglais vainqueurs : c’était un match ennuyeux de coups de pieds – à toi, à moi – et de guerre de tranchées. Les meilleurs à ce genre d’exercice ont gagné, c’est bien normal. Les chefs Gaulois ayant décidé ce genre de stratégie ont encore une fois oublié qu’un ballon, c’est fait pour rouler, sauter, virevolter, bondir, pas pour être enterré, et que le jeu, c’est d’abord le PLAISIR de jouer. On en était loin hier soir.

Bon, passons. Je reviens sur la GRANDE GREVE de jeudi prochain : les bénéficiaires des régimes spéciaux de retraite n’ont pas envie qu’on les ramène au niveau du vulgum pecus des Français ordinaires, qui n’ont pas la chance d’avoir un employeur aux petits soins, j’ai nommé l’Etat.

Si j’ai bien lu, on ramènerait la durée de cotisation des fonctionnaires à 40 ans, comme tout le monde (sauf ceux qui ont VRAIMENT un métier usant, ça, ça ne se discute pas) ; mais on leur laisserait la pension de retraite basée sur le salaire des 6 derniers mois – quand le salarié privé a droit à une moyenne basée sur les 25 meilleures années de salaire. Vu de ma fenêtre, il y a encore comme une distorsion, ou je me trompe, là ? Voyez le topo, les classiques promotions-placards à balais de fin de carrière, bien juteuses néanmoins pour la future retraite. Bref, on a encore du pain sur la planche pour aboutir à des conditions de travail et de retraite vraiment homogènes entre les Français.

Marne, la coquette (plus-value)

On nous apprend dans les Pages Pinard du Figaro que le Champagne, victime de son succès, cherche urgemment de nouvelles zones pour y étendre l’appellation. Il est vrai que même les Indiens nous en achètent, on en a vendu 330 millions de cols l’an dernier, la demande est forte… petit calcul, 330.000.000 / 35.000 = 9.428 ; une bouteille faisant au moins 3/4 de litre (eh, les magnums, hein !), ça donne au moins 7.070 litres, soit 70 hectolitres à l’hectare.

Bon, on sait, ce qui se vend ne correspond pas pile-poil à ce qui se produit, il y a les stocks, la rotation, le séjour en cave, les assemblages… mais pas de miracle, si le flux est régulier, ça fait 70 hectoltres / Ha : beaucoup, quand on sait que les AOC sérieuses se limitent autour des 50 Hl/Ha, voire moins. Et puis, soyons sérieux, les Champagnes de l’Aisne, de l’Aube, ce n’est plus la Champagne, même si les méthodes de vinification sont bien codifiées et homogènes.

Bon, soit, mais c’est pas tout ça : le terrain à blé qui va devenir du terrain à Champagne, ça fait 350 fois plus cher le mètre carré : pas mal, non ? ça mérite de réfléchir. Moi je propose d’étendre l’appellation au Bassin Parisien, d’ailleurs on est tout près, en TGV-Est, maintenant. On fera du Champagne à Montmartre, ce sera du dernier chic.

Plus sérieusement, si les Crémants de Loire, Bourgogne, Alsace, Clairette de Die, Blanquette de Limoux… faisaient un effort rigoureux sur la qualité, mais aussi sur la communication, sur la commercialisation, on aurait peut-être envie de péter un col de Mousseux bien fait au lieu d’un Champagne improbable produit aux confins de la Lorraine ou de Pontaut-Combault ?

OGM de chanvre indien : vers un moratoire ?

Il est bien connu que les PGB (Plants Génétiquement Bidouillés) de maïs, et plus généralement de toutes plantes utiles à l’homme – voire à la femme, mais bof – sont au coeur du débat dit « Grenelle de l’environnement » ; débat dont on nous rebat les colonnes de canards, car ça fait de la copie.

On apprend, sans trop de stupeur, d’ailleurs – selon le Figaro du matin, chagrin – que 200.000 petits cultivateurs Français élèvent leurs propres plants de chanvre indien : soit, mais quid des plants de cannabis transgéniques, rapportés en douce de Hollande, d’Espagne, du Maroc ? car, on le sait, il suffit d’un courant d’air, d’une fenêtre mal fermée, d’un pétard mal éteint, et les plants « naturels », garantis pur cannabis bio, vont se faire ensemencer par du cannabis de labo, du dégénéré, bref des OGM de cannabis, disons-le tout net.

Il faut sans tarder, amis écolos et babas de tout poil (les babas sont barbus), que nous arrachions dare-dare ces traîtres plants. D’ailleurs ça peut se chanter, c’est plus entraînant : Marchons, marchons – qu’un plant impur – n’arrive à nos chilums.

Ah voilà, je me disais bien !

Bien de mes tourments, remords, hantises… eussent été évités, mes amis, si j’eussions eu connaissance de cet article du Figaro, remarquable de précision, quant aux bienfaits de la SIESTE !!! Que d’après-midi cauchemardesques, les yeux qui se fermaient irrésistiblement, la tête qui s’embrumait, les baillements enfouis, alors qu’autour de la table de conférence les autres semblaient bosser comme si de rien n’était ! Et puis la lucidité revenait doucement vers 15h30-16h…

Mais j’enfonce des portes z’ouvertes.

Tout le monde le sait, ça, enfin, quoi ! Alors pourquoi ce 4.792 ième article sur les bienfaits de la sieste au boulot ? pour nous faire marronner ? Voilà pourquoi en termes journalistiques on appelle ce genre d’articles récurrents et jamais suivis d’effets des « marronniers » ! C’est pour que, cher lecteur, vous marronniez ! Parce que, des répits de sieste au boulot, on n’est pas encore près d’en voir la pénombre.

Un détail, des détaux

Il est un mot que vous, bonnes gens, ne pourrez plus utiliser ; mot confisqué, mot maudit dès lors que Mister JMLP, le lider maximo du FN l’eut prononcé : DETAIL !! Arghhhh ignoble, indicible détail. Ne dites pas  » ce détail du vitrail de la grande rosace de la cathédrale… » mais « ce sous-ensemble », « cet élément élémentaire », « ce point subalterne »… tout mais pas détail.

Tiens, not’ premier ministre a imprudemment prononcé l’imprononçable à propos des tests ADN (tests discutables car évidemment désagréables, voire choquants du fait de la suspicion qu’ils traduisent, excessifs souvent, mais dont l’utilité est évidente quand on affronte de multiples fraudes sur les liens de parenté) : il a dit « détail ». Gloups !! Aussitôt les choeurs de vierges du PS et des sensibilités voisines se sont insurgés, récriés, alarmés, scandalisés. Détail !! quelle horreur. C’est l’Holocauste, pas moins.

Oh les Socialistes, PCFistes, Trotzkystes, ex-Kronstadtiens, ex-GuyMolletistes, ex-Staliniens, ex-Mittérandiens, un poil de pudeur, peut-être ?? Les UMP-istes et apparentés vont bien évidemment vous lancer dans les jambes le classique « On ne donne pas de leçons quand on traîne comme vous de grosses casseroles » : l’argument est bien rôdé. Par exemple les magouilles Mittérandiennes au Rwanda, les répressions en Hongrie des années 50, voyez le topo…

Non, moi ce qui me fait pleurer, c’est qu’il est maintenant des mots interdits, tout comme « Adolf » est un prénom prohibé depuis 1945. Censure à tous les étages, cris d’horreur obligatoires. « Détail », « race », « noir » sont des mots rayés du dico. Il y a des races de mammifères, bien évidemment, mais l’homme (mammifère s’il en est, ou plutôt sa femme, surtout si elle porte des bonnets C) n’a pas de race. Noir ? pas correct, on dit « de couleur ». De quelle couleur ? euh… foncée ? Détail ? pas correct, il ne peut s’agir que d’horribles déclarations lepénistes. C’est un détail ? c’est un détail du Petit Manuel du BienPenser.

Cobrandons en choeur

J’étais tenté d’intituler ce billet « Cons bradés » mais la trivialité, le côté ordurier de l’insulte, indûment associée à ce délicieux « con », vieux mot du françoué du fond des âges, a arrêté mon bras, tel Guillaume Tell hésitant avant de décocher, non une case à cocher – y avait pas internet – mais le carreau d’arbalète destiné à la pomme sur la tête de son fils, et dont au sujet duquel on en a rien à cirer.

Non, « cons bradés » contrepétait sur « cobrandés » : délicieux néologisme né pendant que j’avions le dos tourné en terre Québecoise, où l’on nomme les petites loupiotes des ordinateurs des « DEL » (Diodes Electro-Luminescentes) quand nous autres Français bouffons du Rosbif avec nos LED (Light Emitting Diodes… vach’tement plus technique); où les « show-rooms » sont tout naturellement des salles de montre, etc.

Oui, on a maintenant accès à du cobrandé !! quel bonheur. Dire qu’on a vécu 20 siècles, after God bien sûr, sans avoir cet adjectif à notre disposition. Quand Air-France et American Express sortent une carte de paiement, c’est du  Cobrandé : on a deux parrains sur la même carte, miracle de la technique, et ça mérite un néologisme très fort, le Cobrandé. Je cobrande, tu cobrandes, etc, verbe du premier groupe, car pour les zélateurs rosbifiants il n’existe pas d’autre conjugaison, elles sont trop durailles à apprendre. Cobrandir ?? fi donc. Cobrandre ? ciel. Bientôt nous « ferons du cobranding », c’est sûr.

Quel progrès. La comarque, un mot comaque bien entendu, ou la « coétiquette », ça vous aurait eu une autre gueule, mais cobranding, hein, ça le fait !!

Le mouton noir, le retour

L’affiche du parti populiste Chuiche dont au sujet de laquelle je vous causais récemment a fait des petits, mais pas des petits suisses, non, des petits moutons z’allemands à Droite toute. Voyez cet entrefilet mignon du Monde (*)

Moutons

A bien n’y regarder (vous connaissez le jeu des 7 erreurs ? oui, je présume), les prés sont aussi rouges en Germanie qu’en Suisse, les moutons blancs sont toujours 3, le mouton noir est noir, mais mais mèèè le mouton allogène (sans H, hélas ça éclaire moins bien) des Schleus a l’air de se faire foutre dehors de manière nettement plus ferme : manifestement il se fait botter le cul méchamment, alors que chez les Suisses, c’est du bout de la papatte… négligemment.
Comme quoi la droite-droite des Allemands est nettement plus ferme, et ça se voit. Néanmoins, et c’est ze goude niouze, le mouton noir, tout noir qu’il est, est quand mêèèèème un mouton ! pas un « sous-mouton », donc de la mêèèème espèce. Eh oh, c’est un progrès.

(*) Quoique le filet mignon rime mieux avec cochon, mais l’entrefilet de mouton, c’est entrement bon !

10 qui font la différence

Ces claviers canadiens-francais (c’est le deuxieme que j’utilise) sont bizarres : pas d’accent grave, pas de a e u accentués, seul le ééééé va bien… Auant (non, quant) au Q, qlors-alors c’est A, comme chez les Amerlocs voisins. faisons avec, n’est-il-pas ? en fait, les accents graves et la cédille s’obtiennent de la même manière que le circonflexe, en préfaçant la lettre avec l’accent !! Génial.
Donc, au Canada on regarde TV5-Monde, car sur « TV5 Monde » on a quelques chances de savoir ce qui se passe en France, Tabernacle ! Mais, effarement, c’est M. Delarue et M. Ruquier qui se tapent 60 % du temps d’antenne a eux tous seuls. Si c’est ça qui illustre notre beau pays, alors pôvres de nous !
Donc je vois hier soir, tout sourire, sur TV5, M. Borloo (il est toujours souriant, vous avez remarqué ?) nous annoncer, en souriant donc, benoîtement, que parmi les pistes z’écolo de préservation de la planète – pistes dont il a la charge –  il y aurait…
1- la suppression des ampoules à incandescence ! débile si l’on connaît un poil sa physique : les ampoules à décharge, néon et fluo-compactes, bouffent un max d’énergie à l’allumage, et ne sont rentables – et lunineuses – que laissées allumées au moins quelques minutes. Donc une cave, un placard, une minuterie, tout ça n’est jamais du ressort du fluo ! plus tard, dans 5 ou 6 ans, les LED, d’accord, mais au prix où sont les LED aujourd’hui, je passe mon tour.
2- La limitation de la vitesse des bagnoles à 80 km/h sur les routes. Tiens, il y avait longtemps que l’on n’avait pas cogné sur les bagnoles. Les bagnolophobes ont encore frappé. D’abord, ça va rapporter un max de blé à nos maîtres : radars bien sûr… miam.
Et puis si ça ne sert à rien sur le plan de la sécurité, ça emmerde les automobilistes encore un peu plus, chouette. Coincez votre tachymètre à 90 sur Poitiers-Limoges, ou Riom-Aigueperse, par exemple, un soir tard en semaine : lamentable, on se traîne sur une nationale bien droite et qui supporterait un 105-110 peinard et sans problème. Mais imaginez, encore 10 km/h de moins !! autant prendre un char à boeufs. Vous me direz que Poitiers-limoges, ouaf ouaf, à 90 ? avec le trafic qu’il y a ? c’est un rêve, bon d’accord, mais si, en semaine le soir tard c’est peinard… d’ailleurs ce serait une piste, obliger les bagnoles à rouler uniquement le soir tard. Dans le style d’alphonse Allais, construire les villes à la campagne, on aurait moins de camions et de nuisances.

Et 80 km/h, ça ne supprimera rien en accidents, car ceux qui causent les accidents sont de trois types :
– les routes mal foutues, mal signalisées, piégeuses, bref les points noirs,
– ceux qui roulent bourrés, 80 ou 90 pour eux c’est tout comme, en zigzag,
– ceux qui n’ont que foutre des limitations de vitesse, que ce soit 80 ou 90, parce qu’eux c’est 120-130 ou plus.
Les seuls qui seront emmerdés, c’est bien évidemment ceux qui ont besoin de leur voiture (il n’y a pas de métro entre Lussac-les-Chateaux et Guéret, M. Borloo, le saviez-vous ?) et qui respectent les limitations de vitesse, quelle que soit la raison, civisme, peur du gendarme, prudence, les trois.
Ca va réduire les émissions de gaz à effet de serre ? ah oui, certes, un poil, oouuiii, certes. Dans ce cas, faites mieux, remplaçez les VelSatis et les 607 des ministères par des Smart, ou roulez à vélo vers Lussac-les-Chateaux, c’est encore plus écolo, monsieur Borloo.

Pénibilité

On apprend avec satisfaction que les marins-pêcheurs et les mineurs ne seront pas tenus de bosser 40 ans et plus… évidemment, il serait bizarre que les professions les plus pénibles ou les plus risquées soient alignées sur les gratte-papiers. Il est en effet de notoriété publique que les ouvriers des fonderies, par exemple, souffrent d’une pénibilité du travail largement supérieure à celle des documentalistes ! Et corrélativement, d’une espérance de vie beaucoup plus courte.
Oui mais si moult salariés de la Fonction Publique ne souffrent pas de travaux pénibles, le non-travail, le désoeuvrement, l’ennui, les heures de cocottes en papier ou de trombones tortillés, les innombrables pauses-café, les surfs sur Internet pour tuer le temps, les pots pour fêter les départs en vacances… tout ça c’est particulièrement pénible ; en témoignent les nombreux congés de maladie pour cause de déprime de non-boulot.

S’emmerder au travail : voilà une forte raison de partir en retraite promptement ! Le gouvernement saura en tenir compte dans les évaluations de pénibilité.